Louanges de la bienheureuse Vierge Marie

Traduction française intégrale du De laudibus beatae Mariae Virginis.

Arnaud de Bonneval · Texte français intégral

De laudibus beatae Mariae Virginis

Louanges de la bienheureuse Vierge Marie

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, je ne pourrais rien dire qui fût digne et propre de la gloire de Marie, sainte et toujours Vierge, mère du Christ. Car, pour moduler ses louanges, il ne se trouve aucun instrument qui convienne, et toute intelligence, si pénétrante soit-elle, demeure émoussée. Puisque la plénitude de la vénération qui lui est due se rapporte au Christ, de la plénitude duquel a été répandue d’en haut, comme une rosée, cette grâce qui fait proclamer Marie pleine de grâce, il est manifeste que la gloire de la Mère et du Fils est indivisible et que leur éloge est commun, lui dont toute définition dépasse l’intelligence. Et bien que l’antique dessein touchant le Verbe incarné dans la sainte Vierge, le Verbe qui était Dieu auprès de Dieu, ait été manifesté au monde, l’esprit humain craint pourtant d’aborder le mode d’une action si inouïe : car elle relève du miracle et ne suit pas l’ordre de la nature. Il demeure suspendu dans une hésitation inquiète, parce que la majesté de l’œuvre le remplit de stupeur, tandis que passer sous silence les louanges de son Auteur serait faire preuve d’ingratitude. Chose admirable et sans précédent ! Une mère vierge, le Verbe chair, Dieu homme : qui pourrait se taire devant un miracle si éclatant ? Mais aussi, qui suffirait à le proclamer ? Nous savons, certes, qu’une telle entreprise nous dépasse ; mais celle dans le sein très saint de laquelle le Verbe s’est fait chair accorde la parole à ceux qui vont parler du Verbe. Il n’est pas permis que les joies de l’Église restent muettes lorsque, le Verbe nous remplissant, nous portons dans l’esprit ce que la Mère porta dans son sein. L’Unique-Engendré du Père, elle le conçut d’abord dans son esprit avant de le concevoir dans sa chair. Saluée par l’ange, elle crut que son dessein de virginité lui demeurerait acquis et que le Saint des saints naîtrait d’elle, car elle avait reçu du ciel cette assurance qu’aucune parole n’est impossible à Dieu. Dans cet échange de béatitude, l’humain s’est uni au divin, le terrestre au céleste. L’homme a désormais un accès assuré auprès de Dieu, puisqu’il a le Fils pour médiateur de sa cause devant le Père, et la Mère devant le Fils. Le Christ découvre son côté et montre au Père son flanc et ses blessures ; Marie montre au Christ sa poitrine et ses mamelles. Marie ne peut d’aucune manière essuyer un refus là où se rencontrent et prient, plus éloquents que toute langue, ces témoignages de clémence et ces insignes de charité. Devant le Père, la Mère et le Fils se partagent les offices de la tendresse ; par d’admirables plaidoyers, ils fortifient la cause de la rédemption humaine et établissent entre eux l’inviolable testament de notre réconciliation. Marie s’immole en esprit au Christ et supplie pour le salut du monde ; le Fils obtient, le Père pardonne. Que le larron reçoive le pardon est assurément une grande chose ; mais voici qui est encore digne d’admiration : l’économie de l’Incarnation une fois accomplie, Jésus, sur le point d’expirer, honore sa Mère avec une si grande affection. Vainqueur des supplices et comme oublieux de lui-même, il se tourne de la croix vers elle et lui parle, faisant connaître tout le mérite et toute la grâce qu’elle possède auprès de lui, elle qui, à cet instant, est seule sous son regard, alors que, la tête déjà blessée, les mains et les pieds transpercés, il touche à sa fin. L’amour de sa Mère le remuait ; alors, la volonté du Christ et celle de Marie n’en formaient absolument qu’une, et tous deux offraient pareillement à Dieu un seul holocauste : elle, dans le sang de son cœur ; lui, dans le sang de sa chair.

Mais il faut reprendre de plus haut les principales étapes de cette œuvre et rassembler en peu de mots par quel commencement et par quel progrès la sainte Vierge est parvenue à ce sommet de béatitude, jusqu’à exercer avec le Christ une action commune dans le salut du monde et, régnant à sa droite dans les cieux, enveloppée d’étoffes aux couleurs variées, à se tenir près de lui dans un vêtement tissé d’or. À Nazareth, l’ange trouva la Vierge seule, à l’écart des foules et, sans aucun doute, occupée de saintes méditations. Elle examinait en elle-même, je le crois, comment elle pourrait demeurer dans son dessein de chasteté sans offenser la Loi : car elle l’avait choisie, elle l’avait vouée, et elle avait consacré au Seigneur, au plus intime d’elle-même, l’intégrité de sa chair et de son esprit. Mais la Loi se dressait en face d’elle ; Moïse la pressait de contracter mariage : menaçant les stériles d’une malédiction, il exigeait descendance et postérité des enfants d’Israël. Le Seigneur n’avait donné aucun précepte au sujet des vierges, et l’Apôtre n’était pas encore là pour donner un conseil. Pourtant, par l’Esprit-Saint, elle avait reçu de Dieu cette injonction intime et personnelle, non par une réponse angélique, mais par une inspiration secrète qui lui avait fait connaître l’amour de la virginité et avait lié son pur désir jusqu’à la nécessité du vœu. L’issue de cette affaire ne lui avait pas encore été révélée par Dieu ; mais, par de telles avancées successives, l’Esprit-Saint se préparait peu à peu en elle un atelier d’une parfaite pureté. Voilà pourquoi, à mon avis, elle choisit une solitude retirée : afin que, jour et nuit, au milieu des étroitesses de ce conflit, elle s’armât de raisons appropriées par lesquelles la virginité désirée pût lui demeurer assurée, sans que l’autorité de la Loi s’en indignât comme d’un mépris à son égard. En effet, comme nous l’avons dit, la Loi exigeait indistinctement de tous le mariage pour propager le peuple de Dieu ; elle ne souffrait pas même que les grands prêtres en fussent exempts, car il fallait qu’un fils succédât aussitôt à son père défunt, et nul autre ne pouvait être admis dans l’ordre pontifical. La nécessité d’un successeur les obligeait donc à s’unir à des épouses, afin que leurs fils fussent prêts, dès la mort du père et une fois accomplie leur consécration, à assurer sans délai la continuité de l’encens et à le porter chaque jour dans le sanctuaire, matin et soir, selon le rite de la Loi. Telle était donc la nécessité de cette disposition : tandis qu’aucun accès aux choses saintes n’était ouvert aux personnes des autres tribus, quelle que fût leur fonction, lorsqu’elles étaient rendues impures et souillées par l’union charnelle, la Loi, en raison de cette impossibilité, n’excluait pas du ministère la seule personne du grand prêtre. Certains comprennent toutefois qu’ils ne touchaient pas leurs épouses pendant les nuits où devait être offert l’encens du matin et que, s’ils l’avaient fait, ils demeuraient impurs depuis cette heure jusqu’au soir ; à cette heure, purifiés, ils accomplissaient leur ministère à leur rang sans enfreindre la Loi.

Enfermée dans ces difficultés, puisque la raison humaine ne lui présentait aucun conseil qui permît d’accorder tout ensemble le décret de la Loi et son vœu, Marie recommandait sa cause au Seigneur. S’adonnant à la méditation et aux saintes prières, elle attendait du ciel un conseil : là-haut, son esprit et son intelligence se préparaient une demeure ; là-haut, son âme sans époux adhérait du plus profond d’elle-même. La consolation ne lui fit pas défaut. L’archange Gabriel descend des hauteurs ; seul, il s’adresse à celle qui est seule : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Dans l’Ancien Testament, vous trouverez rarement quelqu’un honoré d’une salutation angélique. Abraham n’est pas salué lorsqu’il est élevé par le titre de sa foi, lorsqu’il croit sans hésiter que, déjà vieux, il aura un fils d’une vieille femme stérile ; il ne l’est pas davantage lorsqu’il reçoit l’ordre d’immoler ce même fils au sujet duquel et auquel les promesses avaient été faites, et qu’il n’hésite pas. Il n’est pas salué lorsque, après avoir égorgé cinq rois et délivré Lot, il revient victorieux ; et bien qu’il soit digne d’être béni par Melchisédech, après lui avoir remis la dîme, il ne mérite pourtant pas d’être salué du ciel. Sous le chêne de Mambré, il parle même avec Dieu et, lorsque Dieu se rend au châtiment de Sodome, il l’accompagne de ses pieuses supplications ; bien qu’il ait été jugé digne de le recevoir à sa table et sous son toit, et qu’il eût obtenu le pardon des autres habitants si, dans ces cinq villes criminelles, dix innocents s’étaient trouvés, il ne parvient pourtant pas à la familiarité d’une salutation. Moïse n’est pas salué lorsque Dieu lui parle du milieu du buisson, ni lorsqu’il est honoré, sur le mont Sinaï, des tables de l’Alliance.

Avec l’annonce du Christ commencent les salutations. Jésus, c’est-à-dire le Sauveur, étant désormais proche, et le salut du monde n’étant plus éloigné, une parole de sainte espérance, une parole de sauvegarde et de notre rétablissement est portée du ciel à la terre ; cette parole, jusque-là tout à fait rare, commence déjà à se multiplier. L’ange salue Marie ; peu après, Élisabeth vient à sa rencontre, la salue et prophétise. Après la Résurrection, les anges saluent les saintes femmes ; le Christ lui-même salue ses disciples. Enfin, sauvée par le Christ et rappelant toujours ses joies, l’Église exultante conserve elle aussi cette manière de saluer. Dans le Christ s’est trouvée une joie perpétuelle et, par lui, les remèdes du salut éternel nous ont été désignés dans les baumes de la pénitence. Dans la langue syriaque, Marie signifie « maîtresse ». Le Christ est Seigneur, Marie est maîtresse ; et bien qu’elle se déclare elle-même la servante du Christ, elle comprend que cette sorte de servitude est plus sublime que toute royauté. Elle a été établie au-dessus de toute créature ; quiconque fléchit le genou devant Jésus se prosterne aussi devant sa Mère, en suppliant et en s’inclinant. Dans les hauteurs comme dans les profondeurs, la Vierge qui enfante est un objet d’admiration : les démons sont frappés de stupeur, les hommes se réjouissent, les principautés et les puissances chantent ensemble dans le ciel : « Gloire à Dieu ! » La jalousie ne tombe pas sur les anges ; cette armée vêtue de blanc ne dépérit pas sous la lividité de l’envie et ne s’offense pas de voir l’ordre de la chair placé au-dessus d’elle. Car, si le Christ a été pour un temps abaissé un peu au-dessous des anges en raison de sa capacité de souffrir, maintenant couronné de gloire et d’honneur, il tient toutes choses soumises sous ses pieds. La Mère ne peut être séparée de la domination ni de la puissance du Fils. Marie et le Christ n’ont qu’une seule chair, un seul esprit, une seule charité ; et depuis qu’il lui a été dit : « Le Seigneur est avec vous », la promesse et le don ont persévéré inséparablement. L’unité n’admet pas de division et ne se découpe pas en parties : même si l’un a été fait de deux, il ne peut plus être scindé. Aussi, je tiens la gloire du Fils et celle de la Mère non pas tant pour communes que pour une seule et même gloire.

Voici le tabernacle de Dieu : il renferme en lui le Saint des saints, la verge des prodiges, les tables de l’Alliance, l’autel de l’encens, les deux chérubins qui se regardent l’un l’autre, la manne et, sans aucune ombre, le propitiatoire exposé à découvert. Toutes ces réalités, le sanctuaire de la Vierge les contenait déposées en lui, non plus sous forme de figures, mais dans la vérité même, offrant au monde la Loi et la discipline, le feu du zèle, le parfum de la chasteté, l’accord des Testaments, le pain de vie comme nourriture inépuisable, la sainteté, l’humilité, l’holocauste de l’obéissance et, pour tous les naufragés, le port sûr de la pénitence. La dignité des anges ne subit aucune injure si la Vierge élevée comme un cèdre du Liban dépasse en hauteur son sommet d’excellence. Le cèdre est un arbre élevé et incorruptible. De même, parce que la virginité de Marie n’est prise à la glu d’aucune corruption née de la concupiscence charnelle, elle paraît d’autant plus élevée et plus haute que la virginité des anges que celle-ci relève de la vertu, celle-là de la nature ; celle-ci de la volonté, celle-là de la nécessité. Accomplir dans la chair ce qui n’est pas de la chair est une œuvre d’un mérite incomparable et d’une gloire singulière.

Poursuivre les oracles des prophètes qui furent écrits au sujet de Marie n’entre pas dans notre dessein ; notre plume ne s’arroge pas une matière d’une si haute élévation. Comment pourrais-je exprimer cet enfantement divin que les anges célébrèrent à Bethléem ? Là, logée dans une étroite cabane et ne trouvant pas de place à l’hôtellerie, la Vierge déposa l’enfant Jésus enveloppé de langes. Là, vierge, sage-femme et mère tout ensemble, elle se rendit à elle-même ses propres services dans cette solennité. Il n’y eut là ni douleur ni cri ; la vengeance n’y réclamait aucun intérêt de peines en retour du plaisir. Le Christ, en effet, n’avait pas été conçu dans le péché, lui seul à qui il appartient de dompter le péché. Aussi, lorsqu’il sortit du sein maternel, la nature lui ouvrit spontanément ses portes, sans exiger aucun tribut de tourment. Les chérubins et les séraphins étaient auprès de lui ; toute joyeuse, l’armée céleste chantait : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » L’accord de l’harmonie angélique retentissait jusqu’aux oreilles des bergers qui veillaient. Partis de l’Orient et suivant une étoile d’une lumière inconnue, les rois d’Arabie et de Saba fléchirent les genoux ; leur pourpre coulant jusqu’à terre, ils adorèrent notre Jésus vêtu de pauvres langes et lui rendirent hommage par leurs dons sacramentels.

De la naissance du Sauveur à son baptême, trente années s’étaient écoulées. Pendant tout ce temps, la Mère ne fut pas séparée du Fils : elle se tint toujours auprès de lui, inséparable ; dépositaire du secret divin, elle le vénérait comme Dieu avec une humble affection et l’embrassait comme son fils. Puis vinrent les miracles, et aussitôt l’incrédulité juive souleva des calomnies. Le cœur plein de fiel, elle persécuta l’enseignement évangélique ; grinçant des dents contre le Christ, elle écumait des outrages, disant qu’il chassait les démons par Béelzébub et que ce contempteur du sabbat ne venait pas de Dieu. Notre plume, concise et pressée d’arriver à la fin, passe sur bien des choses. Comment les retracer une à une ? Même après la mort du Christ, l’envie ne s’apaisa pas, et la méchanceté d’un peuple assoiffé de sang ne fut pas rassasiée, alors que les clous tenaient ses pieds et ses mains, la lance son côté, le fiel sa bouche, les épines sa tête, et que son corps tout entier adhérait à la croix. Les soldats gardaient le Crucifié, les Juifs se moquaient de lui, sans pouvoir lui arracher une réponse.

Tandis que les apôtres prenaient la fuite, la Mère s’était placée face à son Fils ; le glaive de douleur enfoncé dans son âme, elle était blessée en esprit et crucifiée avec lui par son amour. Ce que les clous et la lance accomplissaient dans la chair du Christ, la compassion naturelle et l’angoisse de l’amour maternel l’accomplissaient dans son âme. Elle se tenait devant la croix, non point inférieure à la grandeur qui convenait à la mère du Christ. Peut-être, comprenant que la mort de son Fils opérait la rédemption du monde, estimait-elle déjà qu’en mourant elle-même elle ajouterait quelque chose à l’œuvre commune. Mais Jésus n’avait pas besoin du secours d’autrui, lui qui a dit : « Je suis devenu comme un homme privé de secours, libre parmi les morts. » Il accueillit, certes, l’amour d’une mère, mais ne rechercha pas son aide ; bien plus, il l’inclut elle-même, avec tous les autres pour lesquels il offrait au Père le sacrifice de son sang, dans ce bienfait accordé à tous. Voici, bon Jésus, que votre Mère est devant vous. Pourquoi ne dites-vous pas maintenant : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Maintenant, vous ne rejetez ni ne méconnaissez votre Mère : vous la confiez au disciple et vous chargez de prendre soin d’elle à votre place celui que vous aimez d’un amour particulier et qui, pendant la Cène, reposa sur votre poitrine. « Femme, dit-il, voici votre fils » ; puis au disciple : « Voici votre mère. »

Joseph vivait encore : jusqu’à ce moment, le soin principal de servir Marie lui avait incombé, et c’était pour cela même qu’elle lui avait été fiancée. Pourtant, comme s’il était désormais jugé indigne de ce ministère, c’est Jean qui est choisi. Les circonstances du discours semblent exiger cette interprétation. Mais, selon une raison plus secrète, la virginité est confiée à la virginité, afin que ce témoignage frappe à mort l’hérétique Bonose et l’impie Helvidius. De leur bouche fétide, ils osèrent jacasser qu’un autre enfant que le Christ était sorti du sein virginal et qu’après la naissance du Sauveur, Joseph s’était uni à Marie en usant du droit conjugal. Du haut de la croix, le Christ lui-même est tout ensemble l’arbitre et le défenseur de la virginité de sa Mère. La bouche de ceux qui profèrent l’iniquité est fermée : Jean la reçut chez lui, sans que Joseph s’y opposât ni élevât aucune protestation ; il la reçut chez lui, non comme époux, mais à la place d’un fils, comme serviteur, gardien, témoin et confident. Tous deux, certes, étaient au service de Marie, mais Joseph céda pour un temps et pour une cause déterminée, tandis que Jean fut placé au premier rang. Après qu’on eut épuisé contre le Christ outrages et tourments, l’heure approchant désormais, il semblait souffrir davantage dans sa Mère qu’en lui-même. Sans dissimuler qu’il était transpercé par une affection humaine, il manifesta, à ses derniers instants, quelle révérence il voulait que le monde témoignât à sa Mère : au seuil même de la mort, il lui laissa un témoignage de son amour si plein de sollicitude et fit connaître que la virginité de sa Mère était demeurée intacte, comme aussi qu’un héritage éternel de grâce singulière lui restait réservé. Le disciple reçut donc ce qui lui avait été confié, et le Christ dit : « Tout est accompli. » Il prononça ces mots et, par cet heureux accomplissement de sa piété filiale, acheva tout le mystère.

L’ordre de notre exposé demanderait que nous écrivions aussi quelque chose des autres points que le Christ toucha sur la croix ; mais nous savons qu’il nous dépasse de porter la main sur des mystères d’une telle profondeur. Qui suffirait à expliquer qu’il crie sur la croix qu’il est abandonné, comme un homme sans force, et qu’il envoie devant lui le larron au paradis comme Dieu ; qu’il prie pour ceux qui le maudissent et obtient le pardon de ceux qui le crucifient ; qu’au moment même où il plaide auprès du Père la cause du monde entier, il manifeste de quelle révérence propre et singulière il entoure sa Mère ; qu’il parle de sa soif, et non de son corps blessé ; qu’alors seulement il atteste que tout est accompli, puis, ayant remis son esprit entre les mains du Père, incline la tête et meurt ? Il nous semble que ces mystères doivent être honorés par notre silence plutôt que touchés avec l’audace téméraire d’un discours qui en est indigne.

Mais, pour poursuivre brièvement ce que nous avons commencé au sujet de Marie, nous avons reçu de la tradition des Actes des Apôtres qu’après la Passion du Christ, elle vécut en parfaite unanimité avec les apôtres, dans les prières et les jeûnes, jusqu’à la Pentecôte. Par la suite, tandis que Jean persévérait à la servir, son appel ne tarda pas : elle s’en alla vers son Fils et, les anges venant à sa rencontre et emportant son âme illustre, elle fut élevée au ciel. Aucune autorité de l’Écriture canonique n’a défini si ce fut dans son corps ou sans son corps ; mais, de quelque manière que cela se soit produit, il n’est pas douteux qu’elle soit avec le Christ. Il n’est pas permis à l’homme de dire ce qu’est cette gloire, ni quelle est cette plénitude de béatitude dont elle jouit, car, ainsi qu’il est écrit : « Cette paix surpasse toute intelligence » ; l’œil ne l’a pas vue, l’oreille ne l’a pas entendue, elle n’est pas montée au cœur de l’homme. Une chose est certaine : elle se trouve là où elle-même et son Fils se tiennent devant la face de Dieu, demandant pour nous la miséricorde et non le jugement, et obtenant pour tout pénitent la rémission des péchés. Bien plus, tout jugement a été donné par le Père au Fils, et c’est à lui qu’il appartient de tempérer et de régler l’application du décret d’une rigoureuse sévérité. Il ne condamne pas facilement ceux dont il est l’avocat ; et puisqu’il est tout ensemble avocat et juge, il ne juge jamais avec cruauté, lui qui intercède toujours avec miséricorde. Le salut des hommes est en effet la récompense de sa mort. Il ne souffre pas aisément que périsse ce pour quoi a été donné le grand prix de son sang ; et son zèle pour la réconciliation de l’homme fut si grand qu’il ne compta pas ce qu’il lui en coûtait, tandis qu’il gagnait l’égaré.

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